ADD de
Nemours
Il est plus clair de parler de suicide assisté comme le fait le Conseil Général des Assemblées de Dieu des États-Unis. Il s'agit, pour un soignant, d'avoir recours à un moyen médical qui conduit à la mort de manière intentionnelle. Dans ce domaine, 2 philosophies s'affrontent : celle du respect du caractère sacré de la vie humaine et celle du droit à choisir qui devient dans ce domaine le droit à mourir (1). Une brèche a été ouverte lorsque l'on a accepté le droit à l'avortement (2).
La valeur de la vie humaine trouve son fondement dans la création de l'homme à l'image de Dieu (Gen 1v27), Ainsi toute vie humaine partage cette valeur sacrée quel que soit son genre, sa race, sa position socio-économique, son âge et son état de santé. Cette conception est en complète opposition avec le modèle matérialiste qui explique l'existence de l'homme par le jeu des réalités physico-chimiques. Le fait que l'homme soit créé à l'image de Dieu est intimement associé au commandement biblique de ne pas tuer. Notre corps est le temple du Saint-Esprit (1 Co 6v19,20). Dieu interdit de s'en prendre à la vie d'autrui mais également à sa propre vie. L'homicide et le suicide sont contraires à l'éthique biblique.
Ces fondements bibliques s'opposent à la souveraineté personnelle et à la demande de liberté s'exprimant dans des affirmations comme : "C'est ma vie, j'en fais ce que je veux, J'ai le droit de mourir comme je veux". Les limites fragiles du début de la vie humaine et de sa fin sont entre les mains de Dieu (Ps 139v13,15). Par la mort et la résurrection de Jésus, la mort a été vaincue (1 Co 15v55,57). Pour le croyant, la mort n'est pas la défaite finale mais la transition vers l'éternité et la perfection. Le chrétien partage l'assurance de Job 14v15.
La question du suicide assisté pose aussi celle de la signification de la souffrance. Dans le cadre d'une philosophie matérialiste, la souffrance est dégradante et inutile : il faut l'éviter et l'éliminer. La Bible ne fait pas de la soufance une réalité sans signification. Ainsi, les souffrances de Job sont la conséquence de la demande de Satan adressée à Dieu (Job 2.7). La femme de Job l'invite à maudire Dieu et à mourir (Job 2v9). Mais, Job reste intègre en gardant, malgré tout, confiance en Dieu: il sait que son rédempteur est vivant et qu'à la fin il verra Dieu (Job 19v25-26). La mort de Jésus sur la croix invite le croyant à s'associer à la souffrance des autres.
Le collège américain des médecins a exprimé sa préoccupation en disant que le suicide assisté pourrait conduire à des actions contre les pauvres, les malades chroniques, les déments... L'histoire justifie cette préoccupation : des médecins allemands en 1920 mettaient en avant l'idée de vie qui ne mérite pas d'être vécue et donc se permettaient l'euthanasie des malades chroniques et ensuite de personnes qui ne leur convenaient pas.
(1)Voir en annexes, les disposhions de la loi belge et l'affaire Pretty.
(2)Voir la prise de position du General Council of the Assembhes of God intitulée A Biblical Perspective on Assisted Suicid
Le suicide assisté doit être distingué de la décision prise par un malade correctement informé de refuser des traitements qui permettraient de le maintenir en vie à tout prix. Le conseil général des Assemblées de Dieu estime que le refus de 1'acharnement thérapeutique ne peut être l'objet d'aucune critique du point de vue éthique et constitue une option respectable pour un malade en fin de vie.
Des réponses chrétiennes.
Les perspectives bibliques précisées précédemment appellent des réactions qui leur correspondent. Les recommandations qui vont suivre concernent les chrétiens individuellement et les Églises; l'objectif est d'éliminer, autant que faire se peut, la demande et la pratique des suicides assistés.ANNEXES POUR INFORMATION
L'objectif premier est d'annoncer l'Évangile et le respect absolu de la vie humaine qui lui est associé. Il faut chercher premièrement le royaume de Dieu : 1'objectif principal est le changement des coeurs conduisant à des conceptions en faveur de la vie. Les chrétiens doivent être le sel de la terre et la lumière du monde. Ils ont le désir que le royaume de Dieu viennent sur la terre comme au ciel (Matthieu 6 v10).
Il faut aimer en action ; les chrétiens sont appelés à soutenir efficacement les malades et les mourants. Il est important de pourvoir à un support spirituel dans les hôpitaux. Il faut donner une aide spirituelle à ceux qui souffrent et sont en fin de vie. Il s'agit non d'aimer en parole avec la langue mais en action et en vérité (1 Jean 3v18). Il faut que les chrétiens s'intéressent à ceux qui souffrent; il faut visiter 1'ami qui a un cancer, donner du temps pour cela. C'est ainsi que l'on fait la différence en faveur de quelqu'un qui est en fin de vie.
Il faut faire connaître la position biblique et affirmer sans aucun compromis le caractère sacré de la vie humaine fondé sur des valeurs morales et spirituelles. Les chrétiens doivent se faire plus entendre dans les débats publics. Ils doivent prendre position par leur vote, en soutenant la législation en faveur de la vie et en s'opposant au suicide assisté. La communauté évangélique ne doit pas rester silencieuse.
En Belgique un médccin qui pratique l' euthanasie peut le faire s'il accède à la demande d'un patient majeur, demande formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée. Ce texte de loi a été voté en mai 2002 par le parlement belge et est entré en vigueur en septembre 2002.11 consacre l'autonomie individuelle.
En juin 1999, le conseil de l'Europe a adopté la recommandation 1418 intitulée "Protection des droits de l'homme et de la dignité des malades incurables et des mourants". Elle constitue un refus catégorique de l'euthanasie.
Il faut aussi mentionner le très important arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme dans l'affaire Pretty contre le Royaume-Uni. Le 29 avril 2002, la requérante, âgé de 43 ans était atteinte d'une sclérose latérale amyotrophique au stade terminal et souhaitait mettre fin à ses jours. Elle était complètement paralysée et avait obtenu de son mari la promesse d'une aide au suicide. Elle a demandé une dérogation à la loi pénale anglaise qui lui a été refusée. Elle s'est alors tournée vers la Cour européenne des droits de l'homme en estimant que la loi anglaise enfreint les articles 2 (droit àla vie) et 3 (interdiction des traitements inhumains et dégradants), 8 (droit au respect de la vie privée et familiale), 9 (liberté de pensée, de conscience et de religion) et 14 (non-discrimination).
Son argumentation portait surtout sur les articles 2 et 3 qui font partie du noyau dur des droits de l'homme c'est-à-dire ceux qui ne peuvent faire 1'objet d'aucune dérogation. Me Pretty a estimé que les dispositions aux droits de la vie supposaient aussi le droit de choisir de continuer ou de cesser de vivre; ce droit aurait donc eu aussi l'aspect négatif d'un droit à refuser de vivre.
La Cour a répondu que, dans sa jurisprudence elle accorde la prééminence à l'article 2 qui protège de manière positive le droit à la vie. Elle a mis l'accent sur l'obligation pour les États de protéger la vie et a répondu que ce droit n'a aucun rapport avec les questions concernant la qualité de la vie ou ce qu'une personne choisit de faire de sa vie. La Cour s'est appuyée sur la résolution 1418 de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe qui encourage les États membres à respecter et protéger la dignité des malades incurables et des mourants à tous égards... en maintenant l'interdiction absolue de mettre intentionnellement fin à la vie des malades incurables et des mourants. selon 1'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme : La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement. De même, Ie désir de mourir exprimé par un malade incurable ou un mourant ne peut jamais constituer un fondement juridique à sa mort de la main d'un tiers.